Danger: Caractérisation/The Baal of Characterization

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Le roman policier et la psychologie ont toujours eu une relation compliquée, liée à la nature particulière du genre et à la difficulté qui s’ensuit de trouver un équilibre entre intrigue et personnages, difficulté accrue par l’impossibilité apparente de tout consensus sur ce que doit être cet équilibre.

Le roman de mystère – empruntons à Pierre Véry ce terme beaucoup plus précis et évocateur – est une machine de précision qui s’appuie sur l’intrigue comme aucun autre genre. Il pose un problème et le résout, en espérant mystifier le lecteur. Cela veut dire que tout élément de la fiction est assujetti à cette fin, comme la roue d’un engrenage – et cela inclut les personnages, dont la liberté est fortement contrainte. Cette particularité du genre a suffi à certain pour le disqualifier en tant que « vraie » littérature, arguant que dans celle-ci les personnages font avancer l’intrigue, pas l’inverse; je ne suis pas d’accord mais ce n’est pas le propos de cet article. Nous avons là le premier problème. Le deuxième est qu’une trop grande exploration de la psyché des personnages peut gripper la machine narrative et/ou la faire basculer dans le roman-roman, la frontière entre les deux genres étant particulièrement poreuse. Le troisième enfin, est que les lecteurs eux-mêmes sont en désaccord sur la part qui doit revenir à l’intrigue et aux personnages; la majorité en tient actuellement pour les seconds, mais on trouve encore de fervents défenseurs de la première. Aux auteurs de se débrouiller avec ça.

Chaque époque a eu sa manière de résoudre le problème. Longtemps, elle consista à se focaliser sur l’intrigue et à réduire la psychologie à la portion congrue; ces dernières décennies ont vu en revanche un mouvement contraire, sous les applaudissements des critiques spécialisés qui ne sont jamais plus heureux que lorsque le genre se dissout dans la « grande littérature ». Un juste milieu est pourtant possible, et a souvent été atteint par les grands auteurs. L’Age d’or de ce point de vue est sans doute la décennie qui suit la fin de la Seconde Guerre Mondiale, quand l’écroulement des règles qui l’avaient entravé jusque là permit au genre d’explorer de nouvelles frontières. Ce fut la grande époque de ce que l’on a appelé le « suspense psychologique » dont le nom même se passe de commentaire. Des auteurs comme Patrick Quentin, Margaret Millar, Mildred Davis approfondissaient les caractères de leurs personnages sans rien sacrifier à la construction de l’intrigue. Le roman d’énigme n’était pas en reste avec une évolution imprimée avant-guerre par le cycle dit « de Wrightsville » de Ellery Queen, les derniers romans de Dorothy L. Sayers ou même – eh oui – Agatha Christie avec des romans comme « Je ne suis pas coupable », « Cinq petits cochons » ou « Le Vallon ». La période se termina abruptement avec l’arrivée sur le marché du roman d’espionnage et du thriller qui, certes, ne s’embarrassaient pas de ce genre de considération.

Quid du roman de mystère contemporain, me direz-vous? N’a-t-il pas atteint une profondeur psychologique sans précédent dans l’histoire du genre, au point d’être finalement pris au sérieux par les Literati? Ma réponse sera mi-figue mi-raisin. Il ne fait aucun doute que certains romans contemporains vont plus loin dans l’analyse que la plupart de leurs prédécesseurs, et ce même parfois tout en conservant une intrigue forte. Des noms comme Thomas H. Cook ou Minette Walters (qui a hélas abandonné le genre…) viennent à l’esprit. Mais bon nombre aussi succombent à un travers qui accompagne la fiction criminelle depuis ses origines: la sur-caractérisation. J’entends par là l’illusion qui consiste à croire qu’empiler les idiosyncrasies et les problèmes en tous genres suffit à donner de l’épaisseur à un personnage. Cette approche nous a donné la plupart des « détectives à tics » du roman d’énigme classique; elle nous donne aujourd’hui le « flic à problème » du roman noir. Dans ce domaine à mon avis, moins vaut mieux que trop: le détective idéal est pour moi une présence plutôt qu’une personne. Sans aller trop loin toutefois dans la désincarnation, de peur d’aboutir au travers inverse, représenté par exemple par un Nigel Strangeways qui reste une énigme pour le lecteur de sa première enquête à la dernière…

Dans le roman de mystère comme dans tout autre genre, la psychologie est fondamentale, même sous sa forme la plus élémentaire – mais elle peut par contre se révéler un piège mortel pour l’auteur qui ne sait pas jongler. Ce n’est pas pour rien que Edmund Crispin mettait malicieusement en garde contre « Le Baal de la Caractérisation ».


Crime fiction and characterization have always had a rocky relationship, because of the genre’s peculiar nature and the resulting difficulty in achieving a right balance between character and plot, said difficulty being worsened by the apparent impossibility of ever finding what that « right balance » should be.

A mystery novel – let’s call it that way, as it is the kind of crime fiction we’re discussing here – is a perfect machinery relying on plot like no other genre. A puzzle is given then solved, hopefully to the reader’s complete bafflement. This means that every other element of the book is subservient to that end, including characters themselves whose freedom is extremely constrained. This led some thinkers to deny the genre any pretence to literary greatness, since according to them a « real » novel has characters driving the plot, not the other way. Needless to say that I don’t agree but this is not the subject here. We have thus our first problem. The second one is that too great an emphasis on character can throw sand in the machinery and/or turn the book into a standard « literary » novel – the borders between the genres being extremely porous. Third and final, readers themselves don’t seem to agree on whether character or plot should have the upper hand; a strong majority today supports the former but you can still find many advocating for the latter. It’s then up to authors to make something out of the mess. 

Every era found its own way to deal with this, first by making plot paramount and character secondary or even tertiary then in the last two decades reversing the priorities much to the critics’s delight (critics are never happier than when genre fiction gets closer and closer to « literary » fare) It is still possible to find the right balance, and the great mystery writers of the past have often struck it. Maybe the Golden Age for that approach was the decade after WW2 when the genre broke free from its self-imposed rules and went on to conquer new territories. Authors like Patrick Quentin, Margaret Millar or Mildred Davis to name just a few went deeper in the study of the human psyche without ever losing the plot, so to speak. The traditional mystery was not left behind, having actually led the way before the war with groundbreaking works such as Ellery Queen’s « Wrightsville » cycle, Dorothy Sayers’s later works or – no kidding – some novels by Agatha Christie such as Sad Cypress, Five Little Pigs or The Hollow. Sadly the parenthesis ended with the advent of the spy novel and thrillers in general that admittedly didn’t bother with such trifles.

What then of the contemporary crime novel, you’ll ask? Didn’t it achieve a depth of characterization unprecedented in the history of the genre, leading it to equally unprecedented literary recognition? Well I’m of two minds on the issue. There’s no denying some modern crime writers go deeper in its characters’s heads than their predecessors, even at times adding a good plot to the mix: names like Thomas H. Cook or Minette Walters (who sadly gave up on the genre) come to mind. On the other hand I can think of many who fall victim to a trap that has been with the genre since its beginnings, Over-Characterization. I call thus the error that consists in thinking you’re making a character richer by saddling them with every quirk or trouble you can find. It resulted in the « Quirky Detective » often associated with the Golden Age of Detective Fiction and now results in the « Troubled Cop » dear to noir writers and TV executives. My own take is that in this case less is better than more: the ideal character to me is more of a presence than a person. Beware however not to go too far in the opposite direction or you risk find yourself with a riddle of a character à la Nigel Strangeways about whom little is learnt over all his career.

Characterization is fondamental to mystery fiction as it is to any other genre, even in the most elementary fashion – but it can be a killing jar for writers who don’t tread carefully. Not for nothing did Edmund Crispin warn us about the dangers of worshipping « The Baal of Characterization ».


5 commentaires sur “Danger: Caractérisation/The Baal of Characterization

  1. Interesting piece. Will have to mull it over. The tension between characters and plots is always a tricky one, as I can invariably end up losing interest in books which take either end to the extreme. Do you think certain subgenres of mystery fiction get the balance better? As I was wondering whether suspense and comic crime novels, given their focus/style are better equipped for finding that balance in the main?

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  2. Evelyn Waugh, in an interview with Paris Review in 1963: « I regard writing not as investigation of character, but as an exercise in the use of language, and with this I am obsessed. I have no technical psychological interest. It is drama, speech and events that interest me. » He has also been sidelined at one time or another by false literary values. Let us never be ashamed of 'mere' technique!

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  3. This led some thinkers to deny the genre any pretence to literary greatness, since according to them a « real » novel has characters driving the plot, not the other way.

    Which is, amusingly, a very old-fashioned approach. It's a positively Victorian approach.

    It's even funnier that left-wing critics like Julian Symons wanted to return crime fiction to a cozy bourgeois Victorian respectability by focusing on character.

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  4. Xavier – I've always felt that the traditional mystery is sui generis, unique in its own way. It's like a house's construction: the foundation must be the plot (plot is primary and indispensable); the supporting walls can be (but are not limited to) characterization and such aspects as humor and milieu; and the roof can be anything else which the author might add that doesn't detract from the whole thing. When assembled correctly, a traditional mystery story becomes, to echo the poet, a thing of beauty and a joy forever. BUT the plot must be there first and foremost. Since so many so-called « mysteries » these days lack even the rudiments of a plot, their authors would do well to crash other genres and leave the mystery well enough alone.

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