Trop de policiers/Too Many Mysteries

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La fiction policière souffre de nos jours d’un problème paradoxal: elle est trop populaire et du coup elle ne l’est plus. Vous ne comprenez rien? Ce n’est pas grave, je m’explique.

Personne je pense ne niera que nous traversons actuellement un âge d’or du genre, peut-être pas en termes de qualité (même si beaucoup pensent que c’est le cas) mais certainement de visibilité et de rentabilité. Le polar est partout: il cartonne en librairie et au cinéma, et il est la providence des programmateurs télé en mal d’imagination. Mieux, il attire l’attention des milieux académiques et universitaires, et permet à des auteurs étrangers au genre de renouveler leur inspiration ou de s’offrir un succès à peu de frais. C’en est au point que d’aucuns se demandent si le genre n’est pas voué à prendre la place de la littérature dite générale comme genre culturellement dominant. Bref, le crime paye et bien.

Et c’est extrêmement regrettable.

Je vous rassure tout de suite: je ne vais pas vous la jouer au puriste qui rejette par principe tout succès public hors du fandom. Je n’ai aucun problème avec le fait que les livres se vendent, que les films se fassent, que les séries soient diffusées. Ce qui m’embête c’est que dans trop de cas le sentiment qui s’impose est que la fiction policière est devenue au mieux un prétexte, au pire une solution de facilité et que cela se ressent dans le produit final, surtout dans le domaine qui importe le plus: l’intrigue.

Pour beaucoup dont votre serviteur, un roman policier repose sur un mystère à résoudre, et ce mystère doit valoir le déplacement. Je ne parle pas nécessairement d’un crime en chambre close ou d’une série de crimes bien sanglants, mais simplement de poser une question suffisamment complexe pour que la réponse présente un intérêt – et ne soit pas immédiatement devinable par un enfant de six ans. Autant le dire tout de suite: la grande majorité des fictions policières contemporaines ne remplissent pas ces conditions. Le problème se limite généralement à « Qui a tué Machin-chose? » et la solution est soit prévisible pour qui connaît les conventions (clichés?) du genre, soit tirée d’un chapeau à la dernière minute. On me répondra que souvent ce n’est souvent pas ce qui intéresse en priorité les auteurs, que je suis trop difficile et patati et patata, ce à quoi je rétorquerai que je me demande bien pourquoi « faire du polar » si on en ignore/minore les fondamentaux et que mes attentes sont, ou devraient être, celles de tout amateur un peu exigeant. Or, et nous touchons là au problème que j’évoquais au début de cet article sous forme de paradoxe chestertonien: la fiction policière actuelle s’est coupée de ses racines en attirant à elle des gens qu’elle n’intéresse que comme support ou comme passe-temps un peu plus stimulant que le sudoku, et du coup elle n’avance plus ni ne régresse: elle fait du sur-place. 

Le danger est qu’à terme la fiction policière en vienne à être perçue comme un refuge, un genre académique ou l’équivalent littéraire du fast-food et que d’autres genres plus « pointus » lui volent la vedette. Il est ainsi désormais très bien porté dans les milieux branchés de lire de la SF, et certains auteurs commencent d’être légitimés comme ce fut le cas dans les années 80 pour le « polar » quand des gens comme Elmore Leonard ou P.D. James faisaient la une de Newsweek et s’invitaient chez Pivot. On connait la suite.

Que faire alors? Je l’avoue en toute honnêteté: je n’en sais rien. J’ai bien des propositions – revenir aux sources, arrêter de rechercher l’approbation du Landernau, retrouver une mentalité d’artisan – mais dans le contexte actuel elles reviennent à uriner dans un instrument à cordes. Une chose est sûre: la bulle finira par exploser, parce qu’elle le doit si le genre veut survivre. Encore un paradoxe.



The problem with modern crime fiction is that it’s too popular and yet not popular enough. Don’t get it? No worry, I’ll explain shortly.

There’s no denying that our time is some kind of a Golden Age for crime fiction, not necessarily in terms of quality (though some insist it is) but certainly of visibility and rentability. Crime fiction is everywhere from bookstores to movies to television. It has finally won the approval of academics and even attracts prestigious visitors who find in it either a new inspiration or a guarantee of easy success. So ubiquitous is it that some seriously envision that it might displace so-called « literary » fiction as the culturally dominant genre. You’ve come a long way, baby.

Alas.

Don’t get me wrong: I’m not going to play the purist for whom anything that is successful outside the fandom is inherently suspect. I’m quite glad that crime novels sell, crime movies make money and crime TV series are binge-watched. What bugs me is that all too often you get the feeling that the genre has become at best a pretext, at worst an easy way to get some cash or recognition, and that it increasingly shows, especially in the area of most concern: plotting.

Many people including yours truly think the purpose of a mystery is to tell of, well, mysterious events and that said events must be worth the price of admission. I’m not saying that every mystery novel must have an impossible crime or a series of bloody murders, just that it must ask a question that is complex enough for the answer to be interesting and not obvious to your six-year-old kid. Sad to say but most modern mystery fiction doesn’t live up to these basic standards. The puzzle nine times out of ten consists simply of « Who Killed X? » and the solution either is easy to guess for anyone even remotely familiar with the tropes and clichés of the genre, or pulled out of a hat at the last minute. Some will say that most writers don’t see the puzzle as their priority and/or that I’m too finicky, to which I’ll reply that I wonder why you write about something that doesn’t interest you and that my standards are those of any reasonably demanding connoisseur. We’re here getting back at the chestertonian paradox that opened this article: Modern crime fiction cut itself out of its roots by seeking to attract people whom it interests only as a vehicle or as entertainment, and as a result it no longer moves forwards or backwards; it only stagnates.

The danger on the long term is that crime fiction comes to be seen as a refuge of unimaginative writers or the literary equivalent of junk food and gets superseded by « edgier » genres. Hipsters these days increasingly admit to like Sci-Fi and some SF writers are enjoying critical reappraisal and legitimation, much like crime writers like PD James or Elmore Leonard did in the Eighties. You know how it ended.

So what are we to do? I honestly don’t know. The few answers I have  – getting back to basics, stopping seeking people’s approval, seeing oneselves as artisans rather than artists – are inaudible in the current context. One thing is for sure: The bubble will burst because it must if the genre is to survive – and yes that’s another paradox. 

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