The Special Relationship

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Je me suis toujours beaucoup intéressé aux relations entre le roman policier et le fantastique, lesdites relations étant beaucoup plus étroites que ne le pensent la plupart des gens. Un critique dont j’ai oublié le nom a dit du Rebecca de Daphné du Maurier qu’il s’agissait d’une « histoire de fantôme sans fantôme », ce qui s’applique d’ailleurs très bien au roman de mystère dans son ensemble, mais on peut tout aussi bien dire qu’une histoire de fantôme est une histoire policière à solution paranormale.

Il faut dire que les deux genres partagent un ancêtre commun, le Roman noir du dix-huitième siècle dont l’attitude vis-à-vis du surnaturel était pour le moins ambiguë, certains auteurs l’admettant comme un fait établi tandis que d’autres n’y voyaient qu’imposture. Ils traversèrent ensuite le siècle suivant en empruntant des chemins parallèles qui parfois convergeaient comme ce fut le cas avec les « Détectives de l’Etrange » tels que Carnacki ou John Silence. La séparation, sinon le divorce, eut lieu au début du vingtième siècle quand les premiers théoriciens de la littérature criminelle bannirent le surnaturel comme explication et comme « additif ». Le roman policier était désormais un genre rationaliste, du moins en théorie car on le sait la tentation fantastique ne quitta jamais le genre, fut-ce seulement comme outil commode pour épicer une histoire par ailleurs tout à fait rationnelle. L’Age d’or de l’entre-deux-guerres en particulier vit de nombreux « crossovers », le plus souvent bâti sur le modèle hérité de Ann Radcliffe et qui avait fait le succès du Chien des Baskerville: événements d’apparence paranormale s’avérant d’origine on ne peut plus humaine. Mais ce genre de « greffons » devint de plus en plus rare à mesure que le genre optait pour un plus grand réalisme, et le dernier exemple en date est à ma connaissance l’excellent si trop peu remarqué La Morsure du mal de J. Wallis Martin. 

L’influence ceci dit n’était pas à sens unique; si le roman policier avait beaucoup emprunté au fantastique, celui-ci s’était également bien servi dans les placards de son « cousin ». Si les premiers textes du genre étaient de conception assez simple et directe (j’ai rencontré un fantôme/démon/monstre, voici ce qui arriva) les auteurs ne tardèrent pas à importer et adapter la structure particulière mystère-enquête-solution de l’histoire policière. Les grands textes fantastiques de la fin du dix-neuvième suivent pour la plupart cette formule, mais l’exemple le plus frappant est sans doute le roman de Machen, Le Grand Dieu Pan, qui n’est rien d’autre qu’un detective novel avec une explication surnaturelle. Un autre spécimen de « greffe » réussie, quoique plus tardive, est L’Appel de Cthulhu de Lovecraft dont l’intrigue complexe n’aurait pas déparé un roman d’énigme de l’Age d’or dont il est d’ailleurs contemporain. Le fantastique n’ayant pas contrairement au roman policier tourné le dos à ses racines, ce genre de croisement reste assez fréquent même si on observe depuis quelques décennies un retour à des structures narratives plus linéaires; on peut même dire qu’il est devenu la norme pour un vaste public, la télévision en particulier en faisant grand usage

Voilà pour les intersections entre les deux genres; mais comme je l’ai dit plus haut je pense que leurs relations vont bien plus loin que de simples rencontres ponctuelles. Le roman policier, du moins dans sa forme classique, est une littérature de l’imaginaire au même titre que le fantastique. Les Grands Détectives, les assassins insoupçonnables, les crimes impossibles, ne sont pas plus réels que les fantômes ou les vampires. Les similitudes entre les personnages du Détective et de l’Exorciste ou du Sorcier sont nombreuses et ont été évoquées à plusieurs reprises. Les criminels, enfin, sont des agents de perturbation de l’ordre des choses au même titre que les créatures surnaturelles, même si évidemment pas de la même façon. L’avantage de cette vision des choses est qu’elle permet de régler une fois pour toutes la question du « réalisme » et de son degré souhaitable dans la fiction criminelle, question qui agite et empoisonne les auteurs et les critiques depuis pratiquement ses origines: nous pouvons bien essayer, faire de notre mieux pour singer le réel et rattraper ou devancer l’actualité, il n’en reste pas moins que ce que nous écrivons est de la même essence que les rêves




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The relationship between the mystery and weird genres has always been one of my pet topics as I think it’s much closer than most people in both fields think it to be. Someone once described Daphne du Maurier’s Rebecca as « a ghost story without a ghost » but I think this applies just as well to the mystery genre as a whole, though you might say conversely that a ghost story is a mystery with a supernatural explanation. 

Both genres share a common origin, the Gothic Novel with its ambivalence towards the supernatural which was either real or forged depending on the writer, and over the nineteenth century followed neighbouring paths that sometimes crossed, as was the case with the so-called « occult detectives » subgenre. The separation, if not outright divorce, occurred in the early twentieth century when the mystery genre’s first theoricians edicted rules that ruled out the supernatural as both an explanation and an additive. The mystery genre was now the province of the rational, at least in theory for we know of course that the supernatural temptation never went away, if only as an artifice to spice up an otherwise quite rational story. The Golden Age in particular saw a lot of simili-crossovers, usually following the model set up by Conan Doyle in The Hound of the Baskervilles and inherited from Ann Radcliffe‘s romances: Seemingly supernatural events ultimately proved to be of human origin. As the genre evolved towards greater realism, however, such grafts became rarer and rarer, the most recent to my knowledge being J. Wallis Martin’s Dancing with the Uninvited Guest

If weird fiction influenced the detective story, the latter was more than happy to return the favor. While early weird stories, be they of a ghostly or horror nature, were pretty straightforward in their telling – I met a ghost and this is what happened –  the genre soon adopted the peculiar structure introduced by the detective story which can be summarized thus: Problem-Investigation-Solution. Most Victorian-Edwardian ghost stories follow this pattern closely, but maybe the most striking example is Arthur Machen’s novel The Great God Pan which is basically a detective novel with a supernatural explanation. Another successful incorporation of the traditional mystery structure into a weird setting is H.P. Lovecraft’s much lauded The Call of Cthulhu, whose complex plot suggests HPL probably read some Golden Age fiction and took notes. Unlike the mystery genre, weird fiction was able to evolve with the times without sacrificing its peculiar features and while the last decades have seen a return to the more straightforward narratives of the past, the « supernatural mystery » brand remains firm, so ubiquitous indeed that it’s more or less accepted as the norm and crops up in every media, television not the least.

We’ve discussed the intersections between the mystery and weird genres, but as I said earlier I think their relationship is much tighter than just some mutual borrowing now and then. Mystery fiction, at least in its traditional form, is a brand of weird fiction – Great Detectives, least-likely suspects and impossible crimes are every bit as unreal as ghosts and monsters. What’s more, the similarities between the fictional detective and the exorcist have often been pointed out, even openly stated at times. Criminals like demons are agents from the outside disrupting the naturel order; they just do it in different ways. One merit of this way of thinking is that it settles once and for once the old « realistic-non-realistic » debate that has been plaguing the genre for the best years of its existence. Hard as we may try to be true to life and relevant, our efforts will ultimately be fruitless since what we write is the stuff of dreams

Un commentaire sur “The Special Relationship

  1. Mystery fiction, at least in its traditional form, is a brand of weird fiction – Great Detectives, least-likely suspects and impossible crimes are every bit as unreal as ghosts and monsters.

    A very good point. That's why I love golden age detective fiction – it's so wonderfully and unapologetically artificial.

    Maybe that's true of all genre fiction? That it's inherently artificial. Which is why it's so superior to fiction that tries to be realistic.

    J’aime

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