L’Heure du pastiche

J’évoquais l’autre jour quelques-unes des qualités nécessaires à une bonne parodie; j’aimerais aujourd’hui me pencher sur le versant « respectueux » de l’exercice, le pastiche. Des deux formes d’imitation c’est à mon sens la plus difficile, en ce sens qu’il s’agit pour l’imitateur non seulement de se couler dans un style qui n’est pas le sien, mais de se faire oublier autant qu’il est possible. En littérature comme au music-hall, le meilleur imitateur est celui dont on n’entend pas (trop) la voix derrière celle qu’il imite.


Il suffit de lire l’un des innombrables apocryphes holmésiens pour se convaincre que très peu d’auteurs y parviennent. Beaucoup, il est vrai, n’essaient même pas, se contentant de singer grossièrement leur modèle pour un public peu regardant. D’autres s’appliquent, mais échouent précisément par excès d’application – leur copie n’apporte rien de nouveau par rapport à l’original. Et puis il y a ceux qui réussissent à peu près; je dis « à peu près » non pour diminuer leur mérite mais parce qu’il est impossible d’aller au delà, l’imitateur butant sur le fait qu’il ne sera jamais celui qu’il imite. 

La paresse ou le simple opportunisme mis à part, la cause la plus fréquente d’échec dans ce domaine est l’incapacité ou le refus de comprendre que l’on ne pastiche pas seulement le style d’un auteur, mais sa thématique et sa vision du monde. Il s’agit de produire une oeuvre, un texte, que le modèle aurait pu avoir écrit. Là encore, l’étude des pseudo-Holmes est riche d’enseignements. Même dans les cas rarissimes où le pasticheur réussit à « capter » la « voix » du Docteur, les personnages et les intrigues n’ont rien à voir avec les originaux. Il ne suffit pas de s’appeler Sherlock et de fumer la pipe pour « être » le plus grand détective du monde. De même, le fait que Holmes et Jack l’Eventreur aient été contemporains ne signifie pas pour autant qu’ils appartiennent au même univers; les fréquentes – et à la longue, épuisantes – joutes posthumes qui les ont opposés et les opposent encore n’ont rien de « doylien ». On passe alors du pastiche à la réappropriation, qui relève d’un tout autre exercice et dont relèvent la plus grande partie des « continuations » de franchises célèbres, inévitablement décevantes aux yeux des puristes qui se rendent compte qu’on leur refile un article différent de ce qu’ils sont venus chercher. 

Au vrai, le pastiche authentique requiert non seulement une dévotion, mais une abnégation peu communes dans une profession telle que la littéraire, où une forte personnalité est l’une des compétences de base requises. Un pastiche réussi ne peut être l’oeuvre que d’un auteur qui met provisoirement son ego au placard, ou qui n’en a pas. Espèces rares – mais on l’a vu, les bons pastiches le sont aussi. 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s