Vingt ans après, avec du retard

Frank Sinatra Recording Session
Ce qui est remarquable – enfin, plus encore que tout le reste – dans le cas de Frank Sinatra est que si sa carrière est l’une des plus longues de l’histoire de la musique populaire, sa véritable « grande période » ne dure qu’une petite quinzaine d’années, en gros de sa signature chez Capitol à l’album avec Jobim.
Avant ça il est « seulement » un excellent chanteur; après, jamais moins qu’un solide professionnel du moins jusqu’à ce que sa voix (et le reste…) le lâche à la fin des années 80. Mais entre 1954 et 1967 il est The Voice, le plus grand chanteur du vingtième siècle malgré une compétition féroce, et tout ce qu’il enregistre est gravé dans l’airain. Le public se pâme, la critique applaudit, les professionnels saluent.

Et s’il décline par la suite ce n’est pas uniquement parce que « le coeur n’y est plus » mais tout simplement parce que le répertoire ne suit pas. Il aurait pu la jouer pépère comme Tony Bennett qui se cantonna de bonne heure à ce qu’il savait – bien – faire et laissa les trucs de jeunes… aux jeunes. Il aurait pu comme la plupart de ses contemporains glisser insensiblement de la variété au jazz, gagnant en crédibilité ce qu’il perdait en reconnaissance du public.

Mais non, pas lui. Il voulait faire les choses à sa façon et s’épuisa donc à rester « dans le coup » en enregistrant tout ce qui dans le Top 40 était à peu près dans ses cordes. Malheureusement tous les grands songwriters étaient morts ou à la retraite forcée, et même lui ne pouvait pas faire de « Tie a Yellow Ribbon » un autre « Three Coins in a Fountain ».

Alors il devint à la fois un ancien génie et un nouveau ringard, qui trouva naturellement sa place là où les légendes agonisent, c’est-à-dire Las Vegas. Il eut bien quelques sursauts, revisita les charts une ou deux fois, mais il ne pouvait plus compter que sur les fidèles de la première heure, qui ne rajeunissaient pas eux non plus. Puis sa voix ficha le camp à son tour, et c’est paradoxalement et cruellement à sa moment-là que le succès revint avec des duos qui boostèrent certes son compte en banque et l’égo de ses « invités » mais n’ajoutèrent rien à sa gloire.

La suite? Il n’y en a pas; il mourut et les ténèbres se refermèrent sur lui.

Vingt ans après sa mort, on ne l’a pas vraiment oublié mais on se souvient mal de lui, ce qui est peut-être pire. Pour beaucoup Sinatra c’est My Way, chanson qu’il détestait, à raison d’ailleurs, et la mafia. Il y a pourtant encore des fans (dont votre serviteur, mais vous l’aviez déjà deviné) et la flamme se transmet d’une génération à l’autre, même si elle n’est plus qu’un lumignon en comparaison de celle (faiblissante) d’un Elvis ou (conquérante) d’un Michael Jackson. L’ex-chanteur populaire est devenu un chanteur de niche, presque un marqueur culturel. Ce n’est pas donné à tout le monde. Mais lui-même savait, et ses fans aussi, que Francis Albert Sinatra n’était pas tout le monde.

2 commentaires sur “Vingt ans après, avec du retard

    1. Je m’offre des vacances. 😉
      Plus sérieusement le blog traite majoritairement de fiction criminelle, mais il est estampillé « Random Thoughts of Xavier Lechard » ce qui veut dire que je peux y parler de tout ce qui m’intéresse, par exemple Doctor Who il y a quelques temps. La présentation de la version Blogspot était plus claire, mais je n’ai pas réussi à la transférer sur celle-ci (j’ai encore pas mal de problèmes avec WordPress)

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